Henri Matisse - Ellsworth Kelly : Dessins de plantes
Deux trajectoires qui, durablement, ont associé les plantes à une pratique du dessin au trait. Deux longues séries de travaux, par où se manifeste une même volonté : qu à la fragile architecture du monde végétal réponde la main qui dessine. Matisse, Kelly, peut-être plus intensément qu aucun autre artiste dans leur siècle, font confiance à cette active contemplation pour conférer au dessin le rythme de la vie. De là deux voies qui, adossées à des traditions immémoriales, s entrecroisent et diffèrent. L extraordinaire « floraison » (selon son propre terme) du dessin de Matisse dans les années 40 constitue l aboutissement d une exigence lentement mûrie de fidélité - mais non mimétique - à la sensation du dehors , exigence d une musicalité de la ligne qui, sur la feuille, puisse transformer l expérience vécue en surface rayonnante, forte de sa vulnérabilité même, de ses irrégularités, de ses dissymétries. Le dessin de Kelly, quant à lui, manifeste dès 1949 une impérieuse rapidité, une puissance captatrice qui se maintiennent, en filigrane, tout au long de son oeuvre. La question d un déploiement autonome de la forme s y pose obstinément, cherchant à réconcilier observation précise du réel et tendance à l abstraction. Rien de tranché, cependant. Forme ouverte, forme close, saisissement ou rebondissement du regard, pulsation organique ou isolement spectral du motif : entre ces pôles, une tension continue produit la vie que le dessin de Matisse comme celui de Kelly s émerveillent et s inquiètent de désirer rejoindre.